LA PRESENCE JAPONAISE EN INDOCHINE 4

L’empereur du Japon dut intervenir en personne pour que ses troupes s’arrêtent enfin sur la ligne la plus avancée. Arrêt providentiel, car la route d’Hanoï et du delta était ouverte aux blindés japonais.
La preuve était faite : dans les meilleures conditions (combats défensifs sur des positions préparées et assez abondamment pourvues d’artillerie) nos soldats ne pouvaient s’opposer aux forces japonaises qui disposaient d’une infanterie mordante, de nombreux blindés, d’une artillerie puissante et d’une aviation moderne.

Devant la tournure des événements, le gouvernement de Vichy accepta de se soumettre à son tour. Fin septembre, il signait une convention avec l’ambassadeur du Japon en France. Les Nippons obtinrent l’autorisation d’utiliser trois aérodromes indochinois, des bases navales, le droit de faire éventuellement traverser le Tonkin par leurs forces armées allant opérer dans le sud de la Chine et celui d’entretenir 6 000 hommes de troupes en permanence en Indochine. Le total des effectifs japonais présents ne devait cependant en aucun cas dépasser 25 000 hommes.

Doit-on blâmer Vichy d’avoir suivi le chemin montré par Catroux ? Ce n’est pas l’avis de Raymond Aron : « L’amiral Decoux », écrit-il, « menait la seule action possible. Il n’avait aucun moyen d’empêcher les Japonais d’utiliser les bases navales et aériennes. Etats-Unis et Grand-Bretagne étaient hors d’état, en 1940, de prêter assistance aux forces proprement dérisoires que les autorités françaises avaient à leur disposition. En acceptant la collaboration que les Japonais n’auraient eu aucune peine à imposer, le gouvernement de l’Indochine suivant les instructions de Vichy ne faisait nul tort à la cause alliée et il sauvait les chances d’avenir. »

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En échange de ces concessions, dont Catroux avait coin-pris la nécessité et que Decoux qualifia de minimum inévitable, le Japon reconnut solennellement la souveraineté française sur tout le territoire indochinois dont il respecta l’intégrité.
Officiellement l’Indochine ne fut pas occupée. Decoux n’accepta jamais de la part des Japonais l’expression « troupes d’occupation ». Les Français de là-bas jouirent pendant toute la guerre d’une situation privilégiée, bien différente de celle de leurs compatriotes de la métropole ou des civils européens de Malaisie, des Philippines ou d’Indonésie. Ils pouvaient circuler, voyager, porter des armes, et avant le coup de force, aucun n’avait été prisonnier, déporté ou contraint à travailler au bénéfice des Japonais. Nos forces militaires restaient intactes et, libres de toute contrainte, elles continuaient à s’entraîner, à manœuvrer, à exécuter des tirs.

Ces résultats ne doivent pas être mis au compte de la souplesse ou de la courtisanerie. Ainsi l’amiral Decoux refusa toujours de prendre en considération le gouvernement chinois de Nankin présidé par Wang Tsing Wei, créature des Nippons, « cet organisme n’étant pas reconnu par Vichy ».
Il refusa de céder sur la question des ressortissants anglais, américains, hollandais (femmes et enfants inclus) qui résidaient en Indochine. Tokyo demandait qu’ils leur soient remis puisqu’appartenant à des nations en guerre avec le Japon. Les représentants français, s’appuyant sur le fait que l’Indochine était neutre dans le conflit, réclamèrent le contrôle de ces étrangers. Ils obtinrent gain de cause.
Les aviateurs alliés, presque toujours Américains, qui tombèrent en territoire indochinois, ne furent jamais remis aux Japonais.

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