LE JAPON AURAIT-IL VOULU SE RAPPROCHER DE LA FRANCE ? -3

La pénurie d’aluminium qui en résulta constitua un goulet d’étranglement majeur pour l’industrie de guerre nippone dont la production baissa dans des proportions catastrophiques. Le pétrole manqua presque totalement. Le stock le plus important réalisé au début de 1942 atteignait 2 360 000 mètres cubes. A la fin de 1944, les réserves étaient tombées à 95 000 mètres cubes, pour atteindre 45 000 mètres cubes en avril 1945. L’essence de térébenthine, l’huile de poisson, les huiles végétales durent être utilisées comme carburant, le charbon de bois dans les gazogènes et l’alcool dans les avions. C’était dramatique. Pourtant, comparé aux conséquences de la pénurie alimentaire, cela apparut secondaire aux dirigeants nippons. Avant la guerre, le Japon surpeuplé importait déjà 20 % du riz consommé. Dès 1942, les autorités furent obligées de distribuer du blé, de l’orge et des pommes de terre pour remplacer le riz. Le blocus américain se resserrant, la valeur énergétique de la ration quotidienne baissa peu à peu pour descendre à moins de 1 500 calories, chiffre à peine supérieur à la ration de famine. Bientôt on vit des citadins refluer vers les campagnes par dizaines de millions pour y acheter des légumes, des fruits ou des pommes de terre.

Avec l’apparition du marché noir et de la misère qu’il entraîne, le moral nippon baissa. Une enquête gouvernementale constata que, bien que foncièrement patriote, la population en venait à étaler son égoïsme, son manque de foi dans la victoire, sa résignation, son désir de paix et même des tendances révolutionnaires. Les hautes sphères japonaises en arrivèrent à reconnaître que la volonté du peuple d’honorer les meilleures traditions pourrait devenir moins évidente « dans certaines circonstances ». Le moral s’effondra à tel point que, malgré l’absence de matières premières qui asphyxiait l’industrie de guerre, le gouvernement nippon abandonna l’ancienne règle qui voulait que l’on importât en priorité les produits nécessaires à l’industrie de guerre : minerais divers, charbon, pétrole, etc. Il admit que « toutes les capacités de transport devaient être utilisées pour importer du sel, des céréales, du soja, du riz ».

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Rien ne pouvait redresser la situation, pas même les « Tokkos » ou attaques « spéciales » (euphémisme désignant les attaques suicides). Le principe de cette tactique est simple : en attaque classique en piqué, les coups au but n’atteignaient pas 10 % et encore avec de bons équipages. Avec des équipages médiocres les pourcentages étaient même inférieurs. En attaque « spéciale », les coups au but montaient jusqu’à 30 % et cela indépendamment de la qualité professionnelle des pilotes. Indiscutablement ces attaques « spéciales » permettaient de compenser, dans une certaine mesure, l’infériorité des forces armées japonaises par l’esprit de sacrifice du citoyen nippon, mais elles ne résolvaient en rien le problème fondamental du Japon de 1945 : la crise suraiguë des moyens de transport. Les « Tokkos » augmentaient bien le rendement des attaques japonaises mais elles ne fournissaient en aucune façon le moyen de se procurer les millions de tonnes de navires marchands indispensables au ravitaillement du pays.

On comprend dès lors la réponse faite, en 1945, par un officier nippon à une question posée pendant une réunion du cabinet japonais.
Question : « Que se passera-t-il si l’ennemi ne débarque pas cette année ou l’année prochaine ? »
Réponse : « Cela pourrait bien être la solution la plus désastreuse pour le pays. »
Effectivement, en serrant le blocus jusqu’à l’étranglement et gardant le gros de ses forces hors de portée des Japonais, les Américains pouvaient espérer réduire leurs ennemis. Malgré les attaques « spéciales », la famine aurait fait son apparition et des épidémies auraient ravagé une population débilitée.
On le voit, ce qui attendait le Japonais ce n’était pas la mort glorieuse du héros se sacrifiant pour sauver son pays, c’était celle honteuse et ridicule du rat pris au piège dans son trou.
Les Américains avaient gagné la partie. L’effondrement du Japon fut certes provoqué par la bombe atomique mais les fondements même de sa résistance avaient été minés par le blocus.
Si les alliés n’avaient pas cherché à imposer la formule extrême de la capitulation sans condition auraient-ils dû utiliser la bombe atomique ? En tous cas il est certain que depuis longtemps déjà les Nippons cherchaient à négocier. Il est probable aussi que, lorsque les Américains se décidèrent à lancer la bombe atomique ils n’étaient pas guidés par des calculs strictement militaires. Si le président Tru- man négligea les autres moyens de terminer la guerre, c’est qu’il avait besoin de démontrer les possibilités militaires île la bombe afin de renforcer la diplomatie américaine en Europe. Un des savants qui, en mai 1945, rencontra James Byrnes rapporte le point de vue du futur secrétaire d’Etat au sujet de la nouvelle arme : « Byrnes ne chercha pas à démontrer qu’il était indispensable d’employer la bombe contre les villes du Japon pour gagner la guerre » ; son avis était qu’ « en faisant une démonstration de la bombe, cela rendrait les Russes plus accommodants en Europe ».

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