LE JAPON AURAIT-IL VOULU SE RAPPROCHER DE LA FRANCE ? -4

Au Japon, dès le printemps 1944, les représentants de la grosse industrie, de la finance, de la politique étrangère et même certaines personnalités des forces armées avaient agi. Us obtinrent un premier succès lorsque, le l^juin 1944, la chute de Saigon créa une crise politique qui amena le cabinet Tojo à démissionner.

M. Koiso, qui lui succéda, constitua un conseil suprême de la direction de la guerre qui comprenait le premier mi-nistre, les ministres des forces de terre, de mer et des affaires étrangères ainsi que les chefs d’état-major de l’armée et de la marine. Le rôle de ce conseil était de considérer tous les aspects stratégiques et politiques de la guerre. Par ce biais, Koiso évinçait la clique de Tojo, établissait une liaison plus étroite entre civils et militaires et permettait ainsi de répandre, parmi les officiers occupant des postes importants, l’idée d’un éventuel arrêt des hostilités.
La position des partisans de la paix était d’autant plus forte qu’ils avaient l’appui de l’empereur. Le général Fel- lers affirme avoir appris de l’empereur lui-même que, dès février 1945, il était décidé à capituler dans l’honneur afin d’éviter l’anéantissement de son pays.
Au cours de ce même mois de février le prince Konoye soumit un mémorandum à l’empereur. Ce mémoire fut l’objet d’une présentation préalable au conseil suprême de la direction de la guerre institué par Koiso. Dans ce mémorandum le prince soutenait la thèse selon laquelle il fallait chercher à arrêter le conflit dans l’intérêt du peuple japonais. « Je crois », disait-il, « notre défaite inévitable quelque regret que j’aie à le dire ».
On le voit, les dirigeants nippons ne limitaient pas leurs pensées à des conceptions rigoureusement et systématique-ment militaires. On peut donc s’étonner de voir qu’avec de telles dispositions d’esprit, à quelques mois d’une défaite qu’ils savaient irrémédiable, au moment même où ils faisaient procéder à des sondages à Moscou, les dirigeants japonais se soient lancés dans une nouvelle agression où leur responsabilité paraît évidente. La concomitance des actions engagées contre l’Indochine et les concessions françaises de Tsien-Tsin et de Chang-Haï excluent l’hypothèse d’une initiative prise par des officiers japonais locaux à l’insu des autorités suprêmes.

Par ailleurs, pourquoi le coup de force contre l’Indochine ne devint-il pas automatiquement un fait accompli lorsque les gaullistes s’installèrent à Paris ? Pourquoi Tokyo hésita- t-il des mois avant d’opter pour une solution parfaitement logique, puisque le chef de la France libre lui avait déclaré la guerre ?
Conscient de l’ambiguïté de la position de Paris, les nippons ne fermaient-ils pas les yeux parce qu’ils attendaient une initiative française menée par l’intermédiaire de l’aini- ral Decoux ou du général Mordant ? Le Japon avait tendu la perche à la France. En Indochine il avait en la personne de M. Yoshizawa, ambassadeur extraordinaire et chef de la mission diplomatique, un homme de grand prestige, de grande expérience, très au courant de la politique et des mœurs de l’occident. Selon l’amiral Decoux, cet homme fut toujours un interlocuteur courtois dont la présence fut utile aux bonnes relations franco-japonaises. Sa forte personnalité en imposait aux bellicistes et il s’interposa à plusieurs reprises pour empêcher la mainmise japonaise sur l’Indochine.

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« Si la rupture brutale put être évitée de justesse en Indochine, lors du déclenchement du conflit, M. Yoshizawa et son entourage ne furent sans doute pas étrangers à l’obtention de ce résultat. D’autre part, l’attitude qu’observèrent les mêmes diplomates, en cette conjoncture mémorable, me montra nettement qu’ils étaient loin de partager l’optimisme des militaires sur l’issue probable de cette nouvelle et terrible conflagration. » (Amiral Decoux).
Ne faut-il pas en déduire que le dernier lien qui rattachait le Japon à l’occident se rompit en raison de l’attitude négative de Paris ? C’est l’avis d’un grand nombre. Une amorce de bons offices français, ou même une stricte neutralité diplomatique et radiophonique, n’aurait-elle pas évité le pire ?
La question est posée, l’Histoire jugera.
Reconnaissons en tous cas que la propagande gaulliste eut le tort de fournir un prétexte aux Nippons. Au cours de l’entretien qui précéda la remise de l’aide-mémoire, les préoccupations japonaises exprimées par les propos de M. Matsuinoto, le nouveau délégué japonais, semblèrent n’avoir trait qu’aux déclarations du général de Gaulle au sujet de l’Indochine.

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