LE VIDE EST COMBLE PAR LE VIETMINH

« Sachant quel était dans l’Union, l’état d’esprit des populations, prévoyant le déferlement des passions natio¬nalistes en Asie et en Australie, connaissant la malveil¬lance des alliés, surtout des Américains, à l’égard de notre position en Extrême-Orient… ». La tournure de ces phrases du général de Gaulle ferait croire que l’auteur avait pensé à tout (et d’abord à pallier le maintien en captivité de l’ar¬mée franco-indochinoise).
En fait de Gaulle fut pris de court par la capitulation japonaise. « En juillet », note Sainteny, « au moment où je m’efforce de tirer le signal d’alarme, le futur gouverneur général qui deviendra Haut Commissaire n’est pas dési¬gné. Ce fait se passe de commentaires. Quelques jours avant l’effondrement nippon on ignore encore à qui incom¬bera la tâche écrasante de reprendre l’Indochine en mains et de maintenir la France présente en Asie. »
Il semble bien que de Gaulle ne réalisa même pas la gra¬vité de la situation. Dans un discours prononcé à Béthune, le 11 août 1945, il déclarait : « L’Indochine qui est oppri¬mée par l’ennemi japonais et qui manque encore physique-ment au concert de l’Union Française va y revenir, nous en sommes sûrs, d’autant plus chère qu’elle a plus souffert, d’autant plus libre qu’elle l’a mieux mérité. »
Longtemps il se comporta comme s’il croyait à ces phra¬ses, comme s’il ne voyait pas que la volonté d’indépen-dance du peuple vietnamien n’était pas le simple produit de la propagande japonaise.
Peut-être sous-estimait-il les qualités guerrières du Vietnamien et crut-il que quelques centaines de soldats bien armés suffiraient à ramener le calme dans la colonie ?
En tous cas, longtemps pour lui, le rétablissement de la souveraineté française sembla n’être qu’une opération de police promise au succès. Jamais de Gaulle ne sembla com¬prendre que le temps travaillait contre nous. Un peu plus tôt, un peu plus tard, cela semblait peu lui importer. Le 17 novembre 1948, il affirmait encore : « Je crois que la meilleure attitude à observer en Indochine, actuellement, pour ce qui concerne la France, c’est de ne rien précipiter. Il faut prendre du temps. Il faut durer, en prendre les moyens, au besoin accroître ces moyens. Pourquoi serions- nous les plus pressés ? ».
Le 15 août 1945, il avait désigné enfin un nouveau Haut Commissaire pour l’Indochine. Le choix du général de Gaulle s’était porté sur l’amiral Thierry d’Argenlieu. De Gaulle lui conseilla de ne pas se hâter.
Voici comment le général relate cet épisode dans ses Mémoires : « Le Haut Commissaire d’Argenlieu reçoit de moi l’instruction de gagner en premier lieu l’Inde fran¬çaise. C’est depuis Chandernagor qu’il prendra vue sur les affaires. Puis, quand la présence de nos troupes aura pro¬duit quelque effet et que ses seconds auront noué les fils dans les divers territoires, il s’installera à Saigon, établis¬sant à partir de là tous les contacts nécessaires. »
D’Argenlieu n’arriva en Indochine que le 31 octobre. Dans ce pays en pleine révolte, de Gaulle le laissa se lan-cei- dans une épuration aussi énergique qu’intempestive. Philippe Devillers écrit : « Pendant des semaines, avions et bâteaux allaient évacuer vers la France et ses commis¬sions d’épurations, dans des conditions matérielles parfois révoltantes et sous des prétextes souvent peu clairs, admi¬nistrateurs, officiers, civils… Parmi eux de nombreuses compétences qui feront vite cruellement défaut. »
Lorsque l’apaisement se fit, que resta-t-il de tous ces « traîtres*? L’amiral Decoux (que d’Argenlieu avait refusé de rencontrer) bénéficia d’un non-lieu. La plupart des sanc¬tions administratives prises durent être révisées parce que reconnues illégales par le Conseil d’Etat ou parce que repo¬sant sur des données tendancieuses ou fallacieuses.
L’attitude des gaullistes eut cependant pour conséquence de faire disparaître d’Indochine un nombre considérable de fonctionnaires et d’officiers français qui connaissaient le pays. La colonie française se trouva donc diminuée et l’In¬dochine partiellement désencadrée au moment où la France avait besoin de reprendre énergiquement les rênes en mains.
Si encore une puissante armée de secours s’était trouvée prête à intervenir, mais le fameux corps expéditionnaire qui devait chasser les Japonais se révéla n’être qu’une antici¬pation sans véritable fondement objectif. La concentration des effectifs attendus était très en retard sur le programme prévu et l’on ne comptait que quelques centaines d’hommes à Calcutta et à Kandy. Aucune troupe ne fut envoyée d’ur¬gence par avion, aucune ébauche de pont aérien ne fut créée. Le 4 octobre seulement le premier détachement im¬portant de troupes françaises arrivait à Saigon. Au 1er no¬vembre les effectifs débarqués n’atteignaient encore que 4 200 hommes avec, il est vrai, 300 véhicules. Au 31 décem¬bre 1945, le corps expéditionnaire ne dépassait pas 27 907 soldats et 2 345 véhicules.
Le résultat de tout cela : un mois après la capitulation japonaise l’armée franco-indochinoise restait internée, dé-sarniée, astreinte au régime des prisonniers de guerre et maintenue sous la surveillance de l’ennemi vaincu. Le corps expéditionnaire français n’était toujours pas prêt et le nouveau haut commissaire attendait encore aux Indes le moment de rejoindre son poste. Il arriva ce qui était le plus à redouter : le rétablissement de la souveraineté fran¬çaise fut différé au nord comme au sud de l’Indochine.

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