QUERELLE AVEC LES AMERICAINS

Pendant qu’en Indochine toutes les positions tenues par les blancs étaient prises d’assaut et la souveraineté française démantelée, dans le Pacifique la supériorité américaine avait continué à s’affirmer. Se rapprochant par bonds successifs du Japon, l’aviation des Etats-Unis fut bientôt à même d’entreprendre des bombardements massifs sur les villes japonaises.

A partir de juillet, il devint clair que le dénouement approchait. Le 12 juillet, Tokyo faisait de nouvelles avances au Kremlin pour solliciter sa médiation. Le 6 août, les Américains lançaient la première bombe atomique sur Hiroshima. Le 9 août, une deuxième sur Nagasaki. Ce même jour, les Russes entraient en guerre en envahissant la Mandchourie. Le 10 août, des dépêches annonçant la décision nippone d’accepter une capitulation sans conditions étaient en route vers les représentations japonaises à Berne et à Stockholm d’où elles furent transmises à Washington, Londres, Moscou et Tchoung King.

Le 15 août à midi, l’empereur s’adressait à son peuple : « Après avoir soigneusement étudié les tendances manifes-tées dans le monde et les conditions qui régnent aujourd’hui dans notre Empire, nous avons décidé de rechercher un arrangement concernant la situation présente en ayant recours à une mesure extraordinaire. Nous avons ordonné à notre gouvernement de faire savoir à ceux des Etats- Unis, de Grande-Bretagne, de Chine et de l’Union Soviétique que notre Empire souscrit aux dispositions de leur commune déclaration. »
En fait le Japon cédait à l’ultimatum allié exigeant une capitulation sans conditions.

Ainsi débuta en Asie une ère nouvelle dont la France semblait devoir aussi profiter. Effectivement en Indochine, dans les jours qui suivirent immédiatement l’annonce de la capitulation, les Nippons donnaient l’impression d’avoir reçu un coup terrible. Pas de révolte, une résignation totale. Ils étaient prêts à tout accepter et beaucoup manifestaient le désir de fraterniser avec les Français.
De maints propos tenus en privé par des officiers de l’armée impériale, il apparaissait qu’ils n’étaient pas mal disposés à notre égard et que dans le nord de l’Indochine ils avaient à la fois peur et honte d’être soumis aux chi-nois. A plusieurs reprises des officiers nippons insistèrent pour qu’il leur fût laissé des fusils avec des cartouches afin de se défendre éventuellement contre les soldats de Chang Kaï Chek.
L’atmosphère semblait propice. Les Japonais allaient accepter de se rendre aux Français. Certes l’armée franco- indochinoise avait payé un lourd tribut lors de l’attaque nippone mais elle disposait encore de cadres et d’effectifs capables de rétablir la situation.

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Pour rétablir rapidement la souveraineté française, il suffisait de lui ouvrir la porte des camps et de lui rendre ses armes.
L’amiral Decoux avait pensé à cette solution. Le 17 août 1945, il écrivit au général Tsushihasi, commandant des troupes nippones stationnées en Indochine, pour lui exprimer le désir de sortir de captivité et de revenir à Saigon afin de reprendre les affaires en main en attendant les instructions de Paris.
Tsushihasi refusa. Il argua de l’absence d’instruction du commandement allié dont les seuls ordres étaient, affirma- t-il, de laisser les choses en place jusqu’à l’arrivée des alliés.
Ne rejetons pas sur la mauvaise volonté du Japonais la responsabilité de ce comportement. Il s’agissait d’un ennemi vaincu. Son pays venait de capituler sans conditions. Il lui fallait obéir sans discuter.

On le vit bien en Mandchourie. Le 16 août, l’état major de l’armée nippone de Mandchourie avait décidé à la ma-jorité de poursuivre la lutte. Le jour suivant, un ordre manuscrit de l’empereur fut apporté au général Yamada, commandant de cette armée. Le général fut sommé de négocier les conditions de la capitulation avec les Soviétiques. Il retrouva immédiatement le sens de la discipline et le 18, son chef d’état-major, le général Hata, s’envolait vers le poste de commandement russe et signait le document de la capitulation.
Certes on peut soutenir que les Nippons ne pouvaient permettre à Decoux de reprendre l’Indochine en main car c’eût été en contradiction avec la volonté clairement exprimée de la propagande gaulliste. Depuis longtemps le gou-vernement présidé par Charles de Gaulle avait averti le monde que la réinstallation de la France en Indochine serait l’œuvre de Français « sans taches » et il présenta toujours l’amiral comme une créature des Japonais.

Mais si Decoux était indésirable, d’autres officiers de l’armée d’Indochine pouvaient le remplacer. De l’aveu même de de Gaulle, cette armée n’avait pas failli. Le 14 mars 1945 il avait déclaré : « La France, tandis qu’elle subissait les épreuves de l’invasion, n’avait jamais oublié les braves Français et Indochinois qui demeuraient isolés en face de la supériorité écrasante de l’envahisseur japonais. Elle a su comment les secours qu’ils avaient demandés aux grandes puissances alliées, lors des premiers diktats de l’ennemi en juin, juillet, septembre 1940, en janvier et février 1941, n’avaient pu leur être fournis. Elle a connu le sacrifice sanglant de la garnison de Langson en septembre 1940, l’énergique défense du Mékong en janvier 1941 contre les Siamois alliés des Japonais… »

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